#43 Le temps, c’est comme la cellophane.

Le temps, c’est comme la cellophane, c’est un film étirable, mais rarement comme on le souhaiterait. Flou, il donne l’illusion que l’on pourrait se cacher derrière lui. Mais il est transparent, le fourbe. 

Tantôt mollasson, tantôt un brin rigide, rapidement, il se déchire. C’est alors que les couches se mélangent et que seuls de petits bouts se détachent. Il devient inutilisable. On le replace alors dans sa boîte, feignant de l’oublier… 

Mais vient toujours un moment où l’on a réellement besoin de lui. Aussi, on tente de dégager les morceaux gênants en le déroulant fastidieusement. On finit par obtenir une demi-largueur de matière, bon présage, pense-t-on. On se hâte alors de tirer sur cet espoir plastifié, quand, tout à coup, c’est con, on est au bout du rouleau.

The XX - Chrystalised

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#42 Euphémisme

J’ai enfin pu la sentir m’effleurer le cou, comme afin de le rompre. Je travaillais alors non loin de l’avenue du Centre du Monde. Cinq mois d’intérim, dont quatre à m’asseoir sur ma promesse d’embauche. Une promesse orale ne vaut rien. On vous l’a déjà dit, vous suivez, ou bien ? La semaine s’achevait. Elle avait commencé intensément. 

Coup de fil de l’agence intérim : 

- Ta mission est terminée, restrictions budgétaires, la crise. Mais tu serais libre deux semaines en juillet pour y retourner ?

Nous étions en avril : 

- Si je suis dispo… 

Délicat euphémisme pour « qu’ils aillent se faire foutre ! »

Stuck in the Sound - Toy Boy 

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#41 Pour vivre nerveux, vivons café 

14- PRINTEMPS 2009

Ca tremble, ça tremble de partout. Du bout des doigts sur le clavier aux orbites sur l’écran… L’impression que les commissures de mes lèvres vont lâcher un filet de salive. Huit cafés depuis neuf heures du mat’. Too much. Il est 14h10, j’ai sommeil et j’ai la gerbe. 


K’S Choice - Not an addict

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#40 Conte défait

La voiture s’arrêta. Le conducteur descendit, lentement, enfila son manteau car il faisait quand même sacrément froid. Il se planta là, droit comme un i dans ses bottes de moto. C’est à cet instant que Marylin Manson arriva sur son cheval blanc.

Marilyn Manson - The last day on earth  

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#39 Lost in translation

Il est 9 heures et il se pourrait bien que je me fasse casser la gueule dans les 3 minutes qui suivent. Bien que je ne regrette en rien mon attitude d’hier – encore que trop aimable à mon sens- je crains toujours les lendemains d’altercation. J’ai avec moi mon sac et mon ordinateur. Avec mon boulot dedans. Et puis j’aimerais conserver toutes mes dents aussi. Le train est à la bourre. Il me faudrait courir pour m’assurer d’arriver au travail à une heure satisfaisante. Mais ma dignité de coquelet déplumé me l’interdit.
Parce que faute de place assise dans le train j’ai encore atterri dans le wagon baaar (son d’orgue flippant).
Dedans, sévit toujours mi-aigri, mi-goguenard, le gang des crétins-braillards.

Un sourire de parisien (dans le métro - ligne 13 aux heures de pointe) scotché au visage, je pianote, rageuse et concentrée : une traduction à finir. Pour couvrir les gloussements, mon casque crache un morceau de métal en fusion. Ô, riff salvateur ! Au bout d’un temps, leurs voix couvrent celle de Zach De La Rocha et la guitare de Tom Morello. Situation critique. A “Killing in the Name” succède, avant la chanson suivante, un blanc. L’immaculée fatalité révèle la vulgarité. J’explose.

Rage Against The Machine - Killing in the name

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#38 Et viscères et ferroviaire

Régnant sur les désormais clos wagons-bars, Vomitor,
Le vengeur des estomacs retors
Frappe dès l’aurore.
Perfidement flegmatique,
Il fait planer sur quiconque troublerait sa paix gastrique,
L’ombre d’une journée au Lavomatic.

Ainsi, quand paraît le cloporte dégueuloquace,
Il le laisse un instant se répandre en scatornographie…
Puis, aussi monocorde que sinistre, Vomitor, profère l’impensable menace,
Le cauchemar du porteur de pardessus, du pressing fraîchement sorti,
En somme, sa peur la plus crasse.

Sa tirade achevée
Il engloutit promptement son goûter,
Déglutissant avec lenteur et mépris,
Sans un regard pour le médusé abruti.


* Hommage à la Mouette qui Rit… Et m’a appris : « On est toujours le beauf de quelqu’un. » Mais quand même, certains sont les beaufs de vachement de monde !

Muse - Hysteria

 

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#37 Feed your head

AUTOMNE-HIVER 2008-2009 

Lenny, rat punk juché sur mon bureau, chante White Rabbit de Jefferson Airplane. Dommage que mes collègues soient en pause.

Jefferson Airplane - White Rabbit

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#36 T’es encore au chômage ?

HIVER 2008

Quand tu viens de perdre quelque-chose, les gens se font un plaisir de te le rappeler, histoire que tu n’oublies surtout pas que ça fait encore mal. Que ce soit un compagnon, la confiance en soi ou un job…
Alors même dans un beau jour, le « T’es encoore au chômage ? » t’enterre sur-le-champ. Forcément, tu passes tes journées à postuler, à passer coups de fils et entretiens…
- J’suis pas au chômage, j’suis FREELAAANCE ! Bordel.

Noir Désir - Toujours être ailleurs

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#35 The d-day

Ta vision se trouble. Il fait si chaud. Il te semble sentir de la vapeur s’échapper de tes oreilles. Une nausée diffuse te gagne. La jonction entre estomac et œsophage se contracte. Sensation de crampe. Tu souffles dans le combiné :

- Oui, j’arrive tout de suite. Tu raccroches.

 

Un stylo, vite ! Tu saisis également ton cahier, indispensable. Un coup d’œil alentours : rien à signaler. En apparence. Tu te lèves. La pièce tourne très vite autour de toi. Sans te retourner, tu files vers les escaliers. Dans ta descente, tu croises une personne, deux… Tes yeux s’enfouissent dans une page pleine de ton écriture maladroite. Tu sais ce qui t’attend. A vrai dire, tu patientes depuis plusieurs longues semaines de guérilla. Ce matin, contrairement à hier, tu n’es pas prête. Tu traverses la cour. Tapes le code, pousse la porte.

 

Quand tu gagnes son bureau au sommet des marches, tu es frappée par le regard planté dans cette masse molle… Il semble se vouloir rassurant. Vermine !

- Assieds-toi.  

The Verve - Numbness

 

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#34 Thanksgiving et la dinde sans merci

AUTOMNE 2007

Une jeune personne de 26 ans a sauvagement été attaquée sur son lieu de travail par une dinde fourbe le 22 novembre vers 17 heures. La victime venait de terminer une tâche qui lui était impartie, quand l’animal sanguinaire lui a porté un coup particulièrement sournois. Mademoiselle Lucie - dont nous tairons, selon sa volonté, le patronyme - a immédiatement riposté. La dinde fourbe a pris la fuite, avouant quelques minutes plus tard son forfait à l’une des collègues de la victime, lors de la pause chocolat, près de la machine à cafter. Cette dernière ne parvient toujours pas à « comprendre le geste de la bête mécréante ». Les enquêteurs ont rapidement abandonné la thèse d’une éventuelle vindicte due à l’approche de Thanksgiving, Lucie ne consommant pas de viande. La dinde fourbe reste en liberté, les autorités ignorant toujours quels mobiles ont pu motiver un tel geste.

The Rolling Stones - Sympathy for the Devil

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